EPISODE 12 : Un paysage fragile et exceptionnel : Les marais salants.


EPISODE 12 : Un paysage fragile et  exceptionnel : Les marais salants.
L’eau, la terre, le soleil et le vent en harmonie avec l’homme depuis des siècles.
Texte : Siro Matorez . Photo : Terre de Sel - Pascal François

Dans la descente des rues serpentines du village de Pradel, les marais surgissent brutalement. Immense étendue d’apparence sauvage et rude. On est immédiatement saisi par la force des éléments : le vent cru ralentit la marche et le soleil guilleret de janvier éclaire en ombre chinoise les clochers de Batz-sur- mer, du Croisic et du Pouliguen. Le territoire âpre semble sauvage et déserté par l’homme mais pourtant la géométrie impeccable des petits miroirs carrés d’eau souligne sa présence.
L’océan, la terre argileuse, le soleil, le vent, tout est réuni pour produire « l’or blanc » : géographie, topographie, climatologie ont été amadoués, structurés comme un jardin par le savoir-faire ancestral de l’homme. La construction du marais s’est étalée du IXe au XVIIIe siècle. Dédale complexe de canaux protégés de l’océan par une longue digue sinueuse de pierre. L’étier ouvert laisse pénétrer l’eau dans la vasière, la décantation s’amorce sous l’effet du soleil et l’écoulement subtil se poursuit dans le labyrinthe jusqu’aux œillets. L’eau se gorge peu à peu du précieux sel qui affleure. La récolte aura lieu tout l’été, perturbée parfois par l’unique ennemie : la pluie, l’eau douce venue du ciel stoppe la cristallisation.
C’est un territoire fabriqué de toutes pièces, architecturé avec une précision extrême. Un des rares milieux où l’activité humaine est en harmonie avec une nature qui génère en retour une riche biodiversité de la flore et de la faune. Attention, fragile ! Et les paludiers sont à l’œuvre toute l’année. Il faut que l’homme « donne » avant de  « recevoir» et il égrène les tâches au long des quatre saisons. Automne et hiver, le grand jardin s’abîme à cause du vent, de la pluie. C’est le moment des travaux collectifs (entretenir les talus, curer les vasières, irriguer des salines en friche). Entraide et solidarité ! Des équipes sont constituées et les chantiers organisés en fonction des besoins. Puis, c’est le printemps ! On vide l’eau qui a protégé les salines des intempéries, on remet la vase sur les ponts, on chausse les œillets.
Les sols sont fragiles et les savoir-faire ancestraux se transmettent sans mécanisation. Seule la brouette a remplacé le lourd panier porté par les femmes jusqu’aux années 50 ! En juin, armé de son las, le paludier récolte les cristaux qui s’entassent pour former les mulons. Le paludier est le vrai acteur du territoire et surtout pas un élément d’un décor carte postale.
Et l’avenir ? On a évité la catastrophe dans les années 70 avec des projets immobiliers et routiers sans scrupules. La profession s’est battue et organisée : le Groupement des Producteurs de Sel est né (190 sociétaires sur 320 paludiers ce jour). La coopérative travaille au développement et a obtenu le Label Rouge. La situation demeure fragile car les menaces économiques, écologiques sont toujours présentes. L’avenir de ce précieux territoire dépend peut-être de notre vigilance à tous.