Dans les années 70, l’Irlandaise Gillie Mc Pherson s’est attachée à la musique traditionnelle de son pays pour ne plus jamais la quitter. Aujourd’hui, elle vit en France et continue à faire rouler son grain de voix unique sur scène et sur disque. Echange avec cette étoile du folk avant son passage à la salle Krafft de La Chapelle des Marais.


Gillie Mc Pherson, Figure folk

Comment êtes-vous devenue chanteuse folk ?
Tout à commencé dans les années 60 à Belfast où, pour le plaisir de mes jeunes oreilles, je m’imprégnais de tout ce qui passait à la radio. J’aimais les chanteurs et poètes comme Joan Baez, Bob Dylan et les autres comme The Rolling Stones, Chuck Berry ou The Beatles. Parce que j’avais très envie de jouer de la guitare acoustique, j’ai un jour piqué celle de l’amoureux de ma grande sœur. Je me suis mise aussi à chanter, intuitivement, à reprendre les uns et les autres, sans envie particulière pour telle ou telle musique. Disons que la musique folk n’était pas une priorité. Un jour, ma voisine m’a emmené dans un des nombreux clubs folk de la ville dont elle faisait partie. J’ai trouvé le lieu très chaleureux, on était toujours les bienvenus à venir écouter et chanter une musique qui parlait le plus souvent de la vie quotidienne. C’était une chanson qui changeait de celles qui faisaient trop souvent «I love you baby, give me your hand». La chanson folk se penchait sur le centre des choses, elle était pour moi assez proche du peuple et de la terre. Une des raisons pour lesquelles je m’y suis attachée.
 
Pour ne jamais la quitter ?
Non, en effet. A l’âge de vingt ans, parce que certains faisaient «des bétises en ville», que l’atmosphère des conflits entre catholiques et protestants étaient trop lourde, je suis partie de Belfast pour Londres, à une heure d’avion, pour trouver la paix, excitée par une ville où la culture était réputée très ouverte sur le monde. A mon arrivée, j’ai été repérée et signée pour un album par le label RCA. Je me suis trouvée à l’abri, sans soucis et beaucoup de travail. J’ai enchaîné les tournées au Royaume-Uni pendant des années. Managé un temps par John Reid, le manager d’Elton John et de Queen, j’ai découvert le business de la musique, ses illusions et ses pièges. A cette époque, j’étais aussi très naïve. Il y eu des hauts et des bas. C’était l’époque des hippies, tout était possible. Si je gagnais de l’argent avec la musique, il m’est arrivé de travailler sur les marchés comme brocanteuse, pour payer mes six musiciens. Il fallait se débrouiller… Cela a duré vingt ans d’une vie très dense à Londres pour qu’ensuite je vienne vivre en France, dans la Drôme. Depuis, seize ans se sont écoulés, sans arrêter mon métier de chanteuse et de professeur de chant… Voilà les grandes lignes d’une longue aventure.

En vous écoutant, on se questionne sur les origines de cette voix rauque et douce à la fois.
Vous savez, quand j’étais petite j’avais une voix très aiguë et pure, comme les jeunes chanteuses irlandaises d’aujourd’hui. Mais j’avais envie d’avoir une voix musclée avec une vraie force. C’est à l’âge de 20 ans, dans mon studio à Londres, que je l’ai forcée à se dépasser et à expérimenter ses limites. Avec l’aide du corps et de la pensée, sans technique particulière et sans l’aide de la cigarette, j’ai fini par la trouver. Et vous savez, plus de trente ans plus tard, je me surprend à utiliser à nouveau et à apprécier les possibilités aiguës de ma voix.

De quoi aimez-vous parler dans vos chansons ?
De ce qui me touche ou m’a touché dans la vie de tous les jours. A titre d’exemple, je pense à «Dark Dream», une chanson sur les pêcheurs en Atlantique. Depuis Belfast, j’ai toujours été sensible à la mer, à sa violence et à ses turbulences. Voilà un texte sur des gens, avec leurs femmes et leurs enfants, qui ont une vie sur l’eau et dont on ne parle que très peu. On mange le poisson mais qui pense à ceux qui l’ont pêché ? Je pense aussi à «Little man», l’histoire d’un petit homme  qui rêve d’être roi… Et aussi à beaucoup de chansons nostalgiques de l’Irlande. Faisant partie de la diaspora des années soixante-dix, comme ceux qui sont partis de Belfast pour chercher le calme, j’ai quitté ma ville en étant malheureuse. J’ai la nostalgie des discussions dans les bars et de cette manière de se taquiner et de parler qui est propre aux gens de là-bas. Le chant me permet de retrouver un peu la langue anglaise.

Propos recueillis  par David Daunis

Gillie MacPherson, le vendredi 27 février à 21h, Salle Krafft à La Chapelle des Marais.
www.gilliemusic.com
www.myspace.com/gilliemcpherson


l'équipe du haut parleur

TÊTE A TÊTE.

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