Déjà l’un des festivals les plus excitants l’été, La Route du Rock remettait le couvert pour une quatrième édition de sa collection hiver à la programmation peut-être encore plus exigeante. Retour sur un week-end malouin riche en surprises.
Le festival commence en retard…pour moi. Tant pis pour Jeremy Jay et Chairlift. Juste le temps de se faufiler près de la scène, que débute déjà le concert de John & Jehn. Aperçu aux Transmusicales en décembre dernier, le duo français exilé à Londres impressionne toujours moins sur scène que sur disque. Une présence un peu faiblarde (les déhanchements à contretemps de Camille sur son orgue donnent un petit côté baloche de province un peu déstabilisant) qui prend de la hauteur quand la demoiselle décide d’enfourcher la basse. Le couple d’amants prend alors une tournure blues-rock presque extatique (l’enchaînement catchy Sister, 20L07), s’autorisant même une certaine théâtralité qui lui permet d’éviter toute mièvrerie. On pense inévitablement aux Kills, pour cette spontanéité lo-fi, ces boîtes à rythmes, et ces riffs de guitare abrasifs qui réussissent tranquillement à enflammer les premiers rangs de spectateurs jusque-là assez timides.
Rien en comparaison de la déflagration qui suit. Seul représentant de la perfide Albion sur le festival (l’épicentre de la scène indé s’est déplacé depuis quelques années quelque part entre New York et Montréal), Archie Bronson Outfit n’est certainement pas le moins sauvage. Avec deux guitares et une batterie aussi agile que brutale, le trio originaire de Wiltshire est bien le rouleau compresseur annoncé, et pas loin d’être l’un des meilleurs groupes à guitares sur scène. Pendant une heure et quart, on plonge dans un blues camé jusqu’à l’os, un boogie-rock embrasé, plein d’une détermination rageuse, d’une irrépressible soif d’en découdre. Sam Windett et sa bande passent en revue l’intégralité de l’indispensable Derdang Derdang (2006) (qui remplacerait avantageusement dans votre discothèque pas mal d’albums de groupes en Black… Keys ou Rebel Motorcycle Club en tête) et accomplissent avec bonheur leur entreprise de démolition, qui scotche les spectateurs sur place un sourire gaillard au coin des lèvres.
De quoi atténuer la semi-déception Titus Andronicus. Pied au plancher, les new-yorkais jouent vite et fort, trop fort sans doute. Du pain béni pour les ORL bretons : un chanteur qui se maltraite le larynx en vociférant comme un damné et des spectateurs qui saignent des tympans. A leur façon, les cinq de Titus Andronicus revisitent l’esprit punk. Ils ont décidé de hurler et de ne pas chanter, de jouer plus fort que tout le monde et de transpirer. Entre ces hurlements électriques ininterrompus, on perçoit aussi quelques bribes de mélodies assez intéressantes et on se rappelle aussi qu’écouter du rock c’est avant tout une longue et rude marche sentimentale. A confirmer donc. Cyrille Taillandier
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