Nantes : les musiques actuelles déménagent pour mieux se faire entendre.


Nantes : les musiques actuelles déménagent pour mieux se faire entendre.
EPISODE 6   Nantes : les musiques actuelles déménagent pour mieux se faire entendre.

L’Olympic devient Stéréolux et avec Trempolino, Apo 33, Mire et Microfaune se fond dans La Fabrique, le laboratoire des formes émergentes : musiques, images, arts numériques. Texte : Siro Matorez  Photo : DR

 On ne quitte pas l’Olympic sans « souvenirs, souvenirs. » C’était chaud le parterre, le balcon, le rapport vif à la scène, le bar et même les loges. La salle avait une âme : artistes et publics s’y retrouvaient. Le rock, ça laisse des traces : Bashung(90), P.J. Harvey, Pulp, Suede (93), Tricky, Placebo, Eels (un soir de  96) et Lenoir qui arrive avec les micros de France Inter, le festival des Inrocks qui quitte Rennes pour Nantes. Divine Comedy, Jon Spencer (une explosion); Muse, Pavement, Moby, Archive, Beth Ditto qui termine le concert de Gossip au milieu du public… Les portes vitrées affolées par les basses ont vibré bien souvent. Depuis vingt ans, ça rayonne du local à l’international : 50000 spectateurs par an, un site identifié dans tout l’Hexagone.
« Ce n’est pas un déménagement, affirme Eric Boistard, c’est un projet qui est vivifié par l’implantation dans la Fabrique. » Il sait de quoi il parle, (vingt ans d’Olympic!) «C’était bien, mais les contraintes techniques d’aujourd’hui, l’exiguïté nécessitaient de se reprojeter.»
Les Arts, ça bouge très vite : le son, l’image, le numérique ! La municipalité de Nantes exprime un choix : faire de la création un emblème. La Fabrique vient s’insérer dans le « quartier de la création » qui investit peu à peu l’île de Nantes. Ses domaines : les musiques actuelles, le cinéma, les arts visuels, les arts vivants. A la fois lieu de croisement, de rencontre, de confrontation, de formation, ouvert aux initiatives et aux artistes locaux, qui s’appuie sur les structures existantes : l’Olympic, Trempolino, Apo 33, Mire et Microfaune. L’Olympic s’y installe et devient Stéréolux. Même le système de gouvernance est innovant, la direction sera collégiale, chaque entité gardant sa cohérence en s’enrichissant de la présence des autres. Pour ce faire, il fallait un lieu phare : le bâti est confié à Michel Bertreux (Agence Tetrarc) qui a pensé et dessiné un lieu en étroite collaboration avec les futurs utilisateurs. D’emblée, on remarque le chantier de la Fabrique. Il s’implante sur le site symbolique des chantiers navals et s’adosse à la nef des machines de l’île. Situé au cœur des circulations, le bâtiment s’impose en hauteur comme une figure de proue. Impression d’un laboratoire surprenant divisé en deux modules d’architecture contrastée. L’un, d’aspect post-industriel, jouxtant la nef, a perdu ses angles droits à l’atterrissage : il abritera deux salles de diffusion (1200 et 400 places) qui permettront spectacles, performances, concerts, un centre de création multimédia, un bar, une brasserie. Le public accèdera par le hall construit sous la nef, et patientera à l’abri. L’autre est venu se poser sur le blockhaus comme une tour de lumière. Il abritera des studios de répétition et d’enregistrement. Les deux volumes seront bardés de tôle alu accentuant l’aspect labo expérimental, architecture à l’image des nouvelles formes en gestation qu’elle logera. La Fabrique ambitionne d’être un lieu d’expérimentation transdisciplinaire, un réseau d’acteurs qui entrent en synergie au cœur d’un quartier central où doivent se rejoindre des publics variés. Ouverture prévue : octobre 2011.
Et la salle de l’Olympic alors ? Quatre-vingts ans d’existence tour à tour salle de cinéma, supermarché de Chantenay, puis salle des musiques actuelles, elle ne deviendra ni un immeuble, ni un parking, ouf ! Théâtre ? Centre dédié à la danse ? C’est à l’étude. Vous chantiez ? Eh, bien, dansez maintenant.

www.nantes.fr/ext/lafabrique
http://stereolux.org