Rêve d’automne, Jon Fosse I Patrice Chéreau


Rêve d’automne, Jon Fosse I Patrice Chéreau
La pièce de théâtre représentée au Grand T à Nantes faisait partie de l’événement protéiforme mené par Patrice Chéreau au Louvre. Stéphane Malfettes, accompagnateur du projet nous en parle. Propos recueillis par SIro Matorez et David Daunis.  Photo :  Victor

Vous travaillez au Louvre... Quel a été votre rôle dans le projet multi facette que Patrice Chéreau y a mené ?
Chaque année, le Louvre propose à une grande personnalité de la vie artistique de concevoir un programme d’exposition, de spectacles, de concerts, de films, de conférences... Invité à poser son regard sur le musée et ses collections, Patrice Chéreau a imaginé son intervention au Louvre comme un festival idéal, comme une œuvre unique et protéiforme construite autour d’un thème que tout son parcours illustre : les visages et les corps. Mon rôle a consisté à l’accompagner dans l’élaboration de son programme et à en coordonner la mise en œuvre avec tous les services du musée impliqués dans l’aventure (conservations, auditorium, technique, surveillance, sécurité, accueil, communication…). L’enjeu était d’aller le plus loin possible dans la réalisation des propositions de Patrice Chéreau, en faisant en sorte que les contraintes de notre vénérable musée soient, non pas des obstacles, mais des « opportunités » de travailler différemment.

Quel rapport Patrice Chéreau a-t-il avec le Louvre et avec la peinture ?
Il a une connaissance intime du musée et de ses collections, lui qui a pour ainsi dire grandi au Louvre. Son père était peintre, sa mère dessinatrice et il s’est intéressé très tôt aux beaux-arts. Enfant, il habitait à deux pas du Louvre ; le musée a joué un rôle important dans la construction de sa sensibilité esthétique. Au premier coup d’œil, il reconnaît les œuvres qui lui parlent. Dans les années 1960, il a d’ailleurs lui-même réalisé de nombreux dessins et peintures pour préparer les décors et les mises en scène de ses premiers spectacles.

Pouvez-vous parler de l’étonnant décor que nous verrons au Grand T ?
Ce décor aux proportions impressionnantes est l’œuvre de Richard Peduzzi avec lequel Patrice Chéreau travaille de façon ininterrompue depuis 1968. Il représente une salle de peintures du musée du Louvre, le salon Denon, où Rêve d’automne a été créé en novembre 2010. C’est à la fois beau et troublant de voir un « morceau » du Louvre continuer à être l’écrin de ce spectacle. D’autant plus que Richard Peduzzi l’a judicieusement reconfiguré en ajustant les ouvertures, les angles, les perspectives, l’enchâssement des salles.

Patrice Chéreau ne voulait plus faire de mise en scène de théâtre, pourquoi a-t-il changé d’avis pour «Rêve d’Automne» de Jon Fosse ?
On lui fait souvent dire qu’il ne veut plus faire de théâtre. De son propre aveu, il n’a jamais cessé de vouloir en faire, c’est juste qu’il est occupé par beaucoup d’autres choses : le cinéma, l’opéra, des lectures… C’est vrai, néanmoins, que son dernier grand spectacle, Phèdre, datait de 2003 et que son agenda ne prévoyait pas de « retour » au théâtre au moment où nous lui avons proposé d’être le « grand invité » du Louvre. C’est en visitant le salon Denon que son désir de théâtre s’est concrétisé, grâce à la magie du lieu et à la rencontre qu’il faisait, au même moment, avec le texte du Norvégien Jon Fosse : Rêve d’automne.

 «Rêve d’Automne» est une pièce très intense, touchante… Des mots sur le propos, les acteurs, les répétitions ?
Une grande partie des répétitions s’est passée dans un studio du Théâtre de la Ville à Paris – théâtre qui a assuré la production du spectacle et sa diffusion dans ses murs et en tournée. Au Louvre, les comédiens ont pris possession des lieux quelques jours avant la première. C’était très émouvant de les voir « apprivoiser » l’espace. L’environnement du musée, la nuit, crée une ambiance très particulière qui entre en résonance avec le cimetière où est supposée se dérouler la pièce de Jon Fosse. Un homme et une femme s’y retrouvent, comme par enchantement. Ils se sont connus de nombreuses années plus tôt et sont passés à côté de l’amour. Autour d’eux, il y a l’ombre envahissante du désir et du deuil. Le temps glisse, les morts côtoient les vivants comme dans ces films asiatiques où les fantômes sont des personnages à part entière.


Nantes, Le Grand T, du 2 au 6 février 2011
www.legrandt.fr




Rêve d’automne, Jon Fosse I Patrice Chéreau
Stéphane Malfettes a passé son enfance à Saint-Nazaire et a étudié à Nantes. Il est aujourd’hui programmateur pour le spectacle vivant au musée du Louvre et chargé de la préfiguration des manifestations culturelles du Louvre-Lens, nouveau musée dont l’ouverture est prévue en 2012.