Un centre d’art et de culture atypique : le Lieu Unique.


Un centre d’art et de culture atypique : le Lieu Unique.
EPISODE 9 : Un centre d’art et de culture atypique : le Lieu Unique.
Rencontre avec Patrick Gyger, le nouveau directeur. Il évoque l’histoire de ce lieu, sa réhabilitation, et la force qu’il dégage.

Texte : Siro Matorez -  photo : Bertrand Béchard - terrasse du lieu Unique le 28/9/11

Onze ans d’implantation du Lieu Unique dans l’ancienne fabrique des biscuits LU. Vous le dirigez depuis huit mois. Comment ressentez-vous ce passé, ce glissement de l’industriel au culturel ?
Le glissement de l’industriel au culturel s’est fait très vite après le départ de la biscuiterie. Le Lieu Unique est issu à la fois  d’une friche porteuse de la puissance d’évocation de la tour d’inspiration art nouveau, des restes de l’ère industrielle et également de la manière dont Patrick Bouchain l’a réhabilitée. Je pense que cette double origine est vraiment une force « d’usage » et le fait que Bouchain ait travaillé avec les utilisateurs, on le voit (et ce n’est pas toujours le cas dans d’autres lieux de spectacles) est une vraie différence pour l’utilisation. Jean Blaise a imaginé ce lieu comme un lieu d’utopie sur plusieurs plans : un grand théâtre avec des espaces de vie qui sont aussi importants que ceux voués au spectacle. C’est l’utopie du théâtre à l’extérieur tout en étant à l’intérieur et ça fonctionne ! Ce qu’il y a d’unique, c’est le rêve «  à la Le Corbusier » de la ville dans le bâtiment : on peut s’y restaurer, lire, voir  de l’art, acheter, assister à un spectacle, se rencontrer, avec une volonté d’autarcie. N’oublions pas les trois principes fondateurs du projet initial de Jean Blaise : Lieu Unique, Lieu Utopique, Lieu Utile. Trois déclinaisons dont deux sont restées dans l’Histoire mais encore présentes dans la mémoire collective.

Et l’impact du Lieu Unique sur l’environnement urbain ?
Patrick Bouchain, lors de la rénovation l’a ouvert sur le canal Saint Félix. La réhabilitation a accéléré l’urbanisation du quartier entre la Cité des Congrès et ici. Les espaces industriels sont devenus des espaces de vie, d’habitation et le passage entre la vieille ville et les nouveaux quartiers a été facilité. On a franchi le pont, et aujourd’hui, le développement urbain se déplace en direction de l’île de Nantes. Le lieu Unique est un peu comme un phare dans la ville, un lieu emblématique avec à la fois ce côté brut du passé industriel mais aussi l’aspect décoratif de la tour notamment.

Le lieu était-il important dans votre choix de venir à Nantes ?
Les paramètres étaient doubles : le lieu et l’objet, c’est à dire la programmation. Le projet de Jean Blaise et le lieu lui-même m’ont incité. Je n’ai postulé à aucune autre Scène Nationale, je ne voulais pas être directeur d’un théâtre. Et puis je suis motivé par Nantes, le lieu ne peut être dissocié du territoire où il est implanté . Il y a une volonté politique, des partenaires culturels locaux, un public local…il faut avoir une visée européenne et internationale dans l’ambition mais ne jamais oublier que l’on travaille pour un territoire et un public.La proposition peut être inédite, décoiffante, décalée mais on est au service d’un public. Le Lieu ne vivra que par et pour le public.

Le lieu est-il adapté à votre projet ? Comment vivez-vous avec les espaces créés par P. Bouchain ?
Je retournerai la question : le projet ne peut qu’être adapté au lieu, le lieu dicte le projet. Il est un élément indissociable et indispensable au projet. C’est un paramètre fondateur, le lieu dicte son usage. Si l’on mettait une création standard dans ce lieu, ça ne marcherait pas. Les productions de spectacles, d’expos doivent être adaptées au lieu. Ce que l’on imagine avec les équipes de créateurs ne peut se faire qu’avec le lieu comme guide. Il a une circulation particulière, une sonorité particulière : on peut faire du théâtre à tel endroit et du Hip Hop dans tel autre. Les différentes configurations possibles du lieu permettent une souplesse et une adaptabilité aux projets invités. On programme Patti Smith, 1200 personnes debout et juste avant du théâtre « Quartier Lointain », petite jauge de 300 places assises et juste après c’est une expo….c’est une certaine lourdeur technique mais en même temps une souplesse.

La photo du lieu  prise en 1907 annonce le projet « Sortie d’Usine », pouvez-vous nous en parler ?
Cette photo est un clin d’œil aux personnes qui à l‘époque produisaient au sein de la Biscuiterie et aussi aux artistes locaux ou régionaux que nous accompagnerons à l’année. Des projets seront produits ou co-produits par nous. On a un vivier d’artistes qu’on veut mettre en valeur en les soutenant, en créant un environnement propice à la création et à la culture. LU a toujours été ouvert au partenariat avec des artistes locaux, il s’agit avec « Sortie d’Usine » de mettre en valeur ces partenariats souvent mal perçus.
Par ailleurs, nous  poursuivrons les collaborations avec le Grand T, le Théâtre Universitaire, la Cité des Congrès, Scopitone, l’Arc à Rezé, le Pannonica et d’autres encore. Agir avec les partenaires au niveau de la ville et de la métropole, discuter avec tous pour que nos programmations entrent en résonance,  c’est essentiel et avoir choisi Global Rainbow d’Yvette Mattern comme symbole de lancement de saison illustre bien notre volonté de faire rejaillir l’Art sur la Cité.

www.lelieuunique.com