Un lieu d'habitation, la maison de "M"


Un lieu d'habitation, la maison de "M"
EPISODE 4 : UN LIEU D’HABITATION, LA MAISON DE « M ».

Visite guidée d’une maison pleine du monde, belle occasion de se pencher sur ce qu’est le « chez soi. »
Texte : Siro Matorez Photo : Cécile Langlois

Décembre, il fait froid, il a neigé. Façade blanche de chaux percée de deux fenêtres maquillées de bleu. Franchir le portail multicolore, frêle frontière d’accès au jardin. Dressées, les roses de Noël se moquent bien de la neige. Déjà, la petite entrée de bois et de guingois annonce la couleur. C’est le seuil, l’espace d’avant.
« M. » ouvre la porte et on hésite : Istanbul ? Le Caire ? Mexico ? En tout cas, on a quitté les bords de Loire. Etonnement. « M.» aime les voyages et ça saute aux yeux : lumière généreuse, couleurs luxuriantes, matières et objets hétéroclites : un cabinet de curiosités. Rien n’arrête le regard qui se régale : les objets sont là, ils ont trouvé leur place, sans se gêner. De multiples coins en attente de paroles (fauteuils, canapés, sièges en tous genres).
M. a acquis la longère en 1973, une ruine abandonnée ouverte à tous les vents ! Il a fallu du temps pour la restaurer et se l’approprier, glaner des bibelots, des objets de rien, une foule de bric et de broc venue s’abriter là. Sol couvert de tapis, tissus tendus, tableaux, photos, livres, disques et puis des salons, taches blanches comme des invitations à s’asseoir.
Côté Nord, des drapés de tissus obturent suffisamment les fenêtres pour n’autoriser qu’une clarté ténue. Douce pénombre flottante posée sur les objets . C’est au Sud que se fait l’articulation avec le dehors : la grande baie donne sur une « terrasse-pergola » couverte, un entre-deux mi-intérieur mi-extérieur qui joue avec l’air et la lumière. Hamac, fauteuils, tables basses pour se poser. On passe de l’indispensable part d’ombre, l’espace du secret, à la « terrasse-patio » exposée au soleil, au vent, au crachin. On quitte la mémoire des innombrables objets pour retrouver la vivacité de la nature. « M.» écoute souvent la pluie ; elle a voyagé et peuplé son espace de traces grapillées auprès et au loin.
Sa maison est « son refuge », mais un abri ouvert aux autres. Elle l’habite poétiquement . « Cette maison a tellement vécu qu’elle a façonné ma vie, et mon rapport à la vie », confie « M. »

Alors, « le chez-soi » ? Ce lieu où, pour chacun de nous, l’intimité reste secrète ! Incontestablement, l’architecture et notre manière de l’investir jouent un rôle essentiel dans ce droit au secret. La maison est notre seconde peau, une frontière précieuse entre l’intime et le monde, condition nécessaire à notre existence. Ilot obligé pour se soustraire au regard des autres et retrouver la liberté d’être soi en tant qu’individu, couple ou famille. Zone d’ombre  indispensable pour agir et penser librement. Envie de s’entourer de choses qui sauvegardent en silence et précieusement notre histoire. Retrouver sa maison, c’est se retrouver, l’habiter c’est être habité par elle. Le chez-soi est peut-être cet espace vital où le « Chez » permet de devenir « Soi ».