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Un lieu entre-deux : le café, à la frontière du public et du privé
Episode 7 : Un lieu entre-deux : le café, à la frontière du public et du privé
Le soleil est là, alors on sort : bar, bistrot, troquet, zinc, tripot, c’est ma tournée. Arrêt sur images, occasion de promenade dans l’estuaire. Texte et photo : Siro Matorez Centre de Nantes. La terrasse est saturée de gens et déborde de soleil. Une table se libère, elle la voit, elle pose son sac. Seule, elle commande un café avec l’espoir que le hasard se transformera en chance. Lieu de rencontre. Face mer, Saint-Nazaire, une terrasse, l’après-midi. L’enfant s’essaie au roller et le père a choisi sa table face aux gris bleutés de l’estuaire. Il lit le journal en pointillé, trop tenté par le passage d’un porte-containers multicolore et par la danse incessante du carrelet des pêcheries. Lieu paisible. Café de Saint-Marc-sur-Mer. Vendredi soir, certains assis, d’autres debout, ils sont nombreux. Etudiants, sans doute. Les tapas basques rivalisent avec les tapas espagnoles. Ca discute, ça fume et ça circule de table en table. Plus tard, un groupe de rock entre en scène. Les uns écoutent, les autres forcent la voix. Lieu de vie. Intérieur café sur le port. Tout le monde se connaît et comme chaque jour, il entre discrètement. Il s’installe à « sa » place, face aux bateaux. On se salue, on se parle et on se charrie. Terrasse déserte, on la laisse aux touristes, ceux d’ailleurs. Lieu d’habitués. PMU, centre de Nantes. Le patron règne derrière son comptoir. Les chaises et les tables sont libres mais le zinc, lui, est pris d’assaut. Au programme : café, bière et PMU. Sur un écran plat se mélangent les pattes des chevaux de courses. Les initiés regardent, les autres ignorent. Un silence suit, on gagne rarement, on perd souvent mais on recommence. Lieu de jeu. Assez d’histoires, un peu d’histoire. Le café est né vers 1650 et a emprunté son nom à la boisson éponyme originaire du Yémen, dans la région de Moka. C’est un lieu sensible et du sensible comme un prolongement de l’habitation, un entre-deux à la lisière de la sphère publique et de l’espace privé. Rentrer dans un bar, c’est se choisir une place, et lorsque le serveur pose le verre sur la table, on est « chez soi » mais au milieu des autres. On se montre, on observe, on rêvasse, on discute, on drague, on lit, on rencontre, on commerce, on fréquente le café seul ou à plusieurs. On y évite la solitude, parfois on l’accroît. C’est un lieu du lien social où les gens se côtoient avec leurs différences, où les idées circulent et qui s’est très vite ouvert aux femmes. Ouf ! Un véritable espace public où se déroulent même les réunions politiques, ou servant de Q.G. aux artistes, aux poètes, aux musiciens. Un lieu de débat. Chaque café son ambiance, son identité, un véritable lieu d’intégration dans la cité. On se rend compte qu’aujourd’hui les clientèles sont de plus en plus homogènes, on se mélange moins et le nombre des cafés diminue (200 000 en 1960, à peine 40 000 en 2010). Hécatombe et les raisons sont nombreuses ! Et pourtant, le café demeure un lieu essentiel dans l’imaginaire des gens, il révèle la réalité d’une ville, son bien-être. Un bon moyen de découvrir une cité, c’est de s’imprégner de ce décor et de ces terrasses, de ces lieux qui font rêver, parler, rencontrer les autres pour penser, agir, faire circuler. Les belles et longues soirées de juin invitent à les fréquenter sans modération, alors, c’est ma tournée ! |
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