Le festival Les Renc’Arts à Pornichet fête ses 15 ans cet été. Son programmateur, Gérard Boucard, fixe rendez-vous à son public fidèle et répond à cinq questions.
Pour une création unique, les Nantais du groupe Walko invitent le musicien Kiala sur la scène du festival Soleils Bleus, une figure de l’afrobeat. Quelques mots avant le grand rendez-vous, le vendredi 2 juillet au parc de la Bégraisière à Saint-Herblain.…
Rencontre avec Federico Pellegrini, ex-Little Rabbits. Alors que son groupe French Cowboy sort un nouvel album, il montera sur la scène du Vip à Saint-Nazaire avec son projet solo Lonesome French Cowboy, et sur celle de l’Olympic à Nantes aux côtés de Rubin Steiner et Caroline.
L’événement ce cette fin d’hiver est bien la sortie du nouvel album «The Parade» des Nantais de Smooth. À cette occasion nous avons échangé quelques mots avec David Darricarrère, chanteur, musicien, compositeur du groupe.
Rencontre avec Arnaud Fradin, le leader du groupe Malted Milk. Avec sa voix afro-américaine puissante et son jeu de guitare imprenable, ce nantais, et ses musiciens, se sont fait une belle place dans le paysage blues soul international. Récompensé au festival de Cognac 2006, Malted Milk a été également finaliste de l’international blues challenge en février 2007 à Memphis (USA). Aujourd’hui c’est avec le nouvel opus, «Sweet Soul Blues» qu’il célébre la nouvelle année.
L’invité
Sauf que l’icône pop évite ici le rôle de la tête d’affiche en répondant à une invitation lancée par des compères jazzy avec qui il a déjà collaboré plusieurs fois, le quartet Francis et ses peintres. Ils s’engagent à cinq du 19 au 31 octobre dans l’alvéole 14 de la base sous-marine de Saint-Nazaire dans une résidence qui a pour objectif d’enregistrer un album de reprises, faire naître une bande sonore faite de succès issus d’un répertoire de la chanson française qu’on pourrait trouver dans le bacs des incontournables inavouables.
La contribution de Jeff Mills au secteur des musiques électroniques est légendaire. Aux côtés des artistes Monolake, DJ Pete, Chloé et Myako, ce pionnier de la techno sera au LiFe à Saint-Nazaire samedi 9 mai pour une grande nuit clubbing qui ouvre son dance-floor de 23h à 6h du matin. Rencontre avec ce DJ exceptionnel de Détroit qui est toujours épris de fièvre créatrice.
Quelles sont vos envies de jouer du moment ?
Pour satisfaire mes envies personnelles et les besoins de mon travail, j’écoute généralement beaucoup de choses. Actuellement j’écoute Bod Didley, Electric Light Orchestra, Todd Rundren…et beaucoup de Miles Davis. Je m’imprègne de ces compositeurs, de leurs arrangements, de leurs choix musicaux (instruments, temps, espaces, textures) qui tracent les chemins musicaux de leurs œuvres. Tout cela m’aide dans mon approche de la musique techno. Si Je tend de revenir à ce qui m’a influencer dans mon enfance, j’aime beaucoup explorer aussi de nouvelles choses, tenter d’aller vers l’inattendu, la surprise, sans doute à l’inverse de ce que la musique électronique nous propose aujourd’hui. Le dramatique et l’intriguant capte mon attention.
Quelle excitation trouvez-vous à jouer Live ?
Les réactions spontanées et singulières du public provoquent une sensation unique. Ses silences peuvent être aussi synonymes d’une écoute attentive.
Jouer dans une base sous-marine, au LiFE (Lieu international des Formes Émergentes, à Saint-Nazaire), avec Jeff Mills, Chloé, Monolake et Myako, ça vous dit quoi ?
Même si je ne suis évidemment pas un fan de tout ce qui y fait penser à la guerre, j’espère que le lieu sera à la hauteur des espérances. Je suis plus branché sur l’usage artistique que sur l’aspect historique du site. L’acoustique devrait être incroyable comme le son n’a que peut d’espace pour s’échapper. Je prépare un set avec de la nouvelle musique et testerai de nouvelles idées liées à de futurs projets.
Je n‘ai pas souvent eu la chance de jouer avec un tel programme. Je les connais tous sauf Myako. J’ai joué récemment au Rex avec Chloé. Elle est fantastique. Pete et moi allons nous retrouver et j’ai des amis communs avec Robert sur Berlin.
Qu’est-ce que “Grande nuit électronique” pour vous ?
Etre sur que la techno musique sera jouée avec la plus grande ferveur qui soit. A partir de là, le public devrait entendre et ressentir quelque chose qu’il ne pourra oublier. C’est avec cet objectif que nous allons tous jouer ce soir là.
Propos recueillis par David Daunis
www.myspace.com/abs14_life
www.myspace.com/jeffmillsofficialspace
www.lelife.org
Cliquez sur lire la suite pour lire l'interview en anglais.
C’est un plateau d’artistes qui ne rigole pas que le LiFE sort de son chapeau pour ABS 14, la grande nuit électronique prévue entre samedi 9 à 23h et dimanche 10 à 6h. Un line up de choix avec Jeff Mills (Chicago), DJ Pete (Berlin), Monolake (Berlin), Chloé (Paris) et Myako (Nantes). Techno, House, Ambiant, Dub…sont les couleurs d’une soirées qui peut accueillir 3000 personnes. L’invitation est lancée à toutes les générations qui aiment écouter, onduler et se trémousser sur les rythmes robotiques, décalés et obsédants qui sortiront des platines ou des machines. Immanquable.
Petit entretien avec Chloé. Devenue une référence de la musique électronique en France et à l’étranger pour ses sets aux platines ou en Live. Elle est une artiste qui bouscule les conventions en faisant preuve d’un éclectisme rare sur les dance floors.
Quelles sont vos envies de jouer du moment ?
Je ne me limite pas spécialement dans un style spécifique de la musique électronique, ce qui m'intéresse c’est de mélanger les styles tout en gardant une cohérence, je joue de la house music au sens large du terme, avec des tendances parfois acid, techno, minimal... c'est difficile de déterminer précisément le son. Ce qui m'intéresse c’est l’énergie qu’un disque apporte au set, donc au public, et comment le public renvoie cette énergie qui motive le sens du set.
J'ai des disques qui reviennent dans mes sets, ou bien des disques que j’avais arrêté de jouer et que je rejoue cinq ans plus tard, je ne me cantonne pas à rechercher que dans la nouveauté, mais je recherche tout le temps.
Quelle excitation trouvez-vous à jouer Live ?
L'intérêt de jouer live et de construire le set en direct, il se construit donc de façon très spontané. chaque set est différent et dépend du lieu, du public, de la qualité du son.
Si l’on vous annonce que vous allez jouer le 9 mai prochain dans une base sous-marine, au LiFE (Lieu international des Formes Émergentes), à Saint-Nazaire ? Avec Jeff Mills, Chloé, Monolake et Myako, ça vous dit quoi ?
Je me dis que ça sera un moment unique dans un lieu unique; c'est une grande soirée pour moi que de jouer avec des grands représentants de la scène électronique. Jeff Mills a une réelle vision de la musique en générale que je respecte énormément, on peut le comprendre en écoutant ses sets ou ses productions. Le label Chain Reaction de Monolake a eu un réel impact dans la musique électronique, c'est un des labels les plus intéressant qui m'a fortement marqué.
Qu’est-ce qu’une “Grande nuit électronique” pour vous ?
'Grande' parce que la nuit sera longue, et qu il y aura des grands représentants de la scène électronique
'Nuit'' parce que c'est un moment spécial
'électronique' parce que cette nuit est consacrée à la scène électronique dans un lieu unique.
Dans les années 70, l’Irlandaise Gillie Mc Pherson s’est attachée à la musique traditionnelle de son pays pour ne plus jamais la quitter. Aujourd’hui, elle vit en France et continue à faire rouler son grain de voix unique sur scène et sur disque. Echange avec cette étoile du folk avant son passage à la salle Krafft de La Chapelle des Marais.
Comment êtes-vous devenue chanteuse folk ?
Tout à commencé dans les années 60 à Belfast où, pour le plaisir de mes jeunes oreilles, je m’imprégnais de tout ce qui passait à la radio. J’aimais les chanteurs et poètes comme Joan Baez, Bob Dylan et les autres comme The Rolling Stones, Chuck Berry ou The Beatles. Parce que j’avais très envie de jouer de la guitare acoustique, j’ai un jour piqué celle de l’amoureux de ma grande sœur. Je me suis mise aussi à chanter, intuitivement, à reprendre les uns et les autres, sans envie particulière pour telle ou telle musique. Disons que la musique folk n’était pas une priorité. Un jour, ma voisine m’a emmené dans un des nombreux clubs folk de la ville dont elle faisait partie. J’ai trouvé le lieu très chaleureux, on était toujours les bienvenus à venir écouter et chanter une musique qui parlait le plus souvent de la vie quotidienne. C’était une chanson qui changeait de celles qui faisaient trop souvent «I love you baby, give me your hand». La chanson folk se penchait sur le centre des choses, elle était pour moi assez proche du peuple et de la terre. Une des raisons pour lesquelles je m’y suis attachée.
Pour ne jamais la quitter ?
Non, en effet. A l’âge de vingt ans, parce que certains faisaient «des bétises en ville», que l’atmosphère des conflits entre catholiques et protestants étaient trop lourde, je suis partie de Belfast pour Londres, à une heure d’avion, pour trouver la paix, excitée par une ville où la culture était réputée très ouverte sur le monde. A mon arrivée, j’ai été repérée et signée pour un album par le label RCA. Je me suis trouvée à l’abri, sans soucis et beaucoup de travail. J’ai enchaîné les tournées au Royaume-Uni pendant des années. Managé un temps par John Reid, le manager d’Elton John et de Queen, j’ai découvert le business de la musique, ses illusions et ses pièges. A cette époque, j’étais aussi très naïve. Il y eu des hauts et des bas. C’était l’époque des hippies, tout était possible. Si je gagnais de l’argent avec la musique, il m’est arrivé de travailler sur les marchés comme brocanteuse, pour payer mes six musiciens. Il fallait se débrouiller… Cela a duré vingt ans d’une vie très dense à Londres pour qu’ensuite je vienne vivre en France, dans la Drôme. Depuis, seize ans se sont écoulés, sans arrêter mon métier de chanteuse et de professeur de chant… Voilà les grandes lignes d’une longue aventure.
En vous écoutant, on se questionne sur les origines de cette voix rauque et douce à la fois.
Vous savez, quand j’étais petite j’avais une voix très aiguë et pure, comme les jeunes chanteuses irlandaises d’aujourd’hui. Mais j’avais envie d’avoir une voix musclée avec une vraie force. C’est à l’âge de 20 ans, dans mon studio à Londres, que je l’ai forcée à se dépasser et à expérimenter ses limites. Avec l’aide du corps et de la pensée, sans technique particulière et sans l’aide de la cigarette, j’ai fini par la trouver. Et vous savez, plus de trente ans plus tard, je me surprend à utiliser à nouveau et à apprécier les possibilités aiguës de ma voix.
De quoi aimez-vous parler dans vos chansons ?
De ce qui me touche ou m’a touché dans la vie de tous les jours. A titre d’exemple, je pense à «Dark Dream», une chanson sur les pêcheurs en Atlantique. Depuis Belfast, j’ai toujours été sensible à la mer, à sa violence et à ses turbulences. Voilà un texte sur des gens, avec leurs femmes et leurs enfants, qui ont une vie sur l’eau et dont on ne parle que très peu. On mange le poisson mais qui pense à ceux qui l’ont pêché ? Je pense aussi à «Little man», l’histoire d’un petit homme qui rêve d’être roi… Et aussi à beaucoup de chansons nostalgiques de l’Irlande. Faisant partie de la diaspora des années soixante-dix, comme ceux qui sont partis de Belfast pour chercher le calme, j’ai quitté ma ville en étant malheureuse. J’ai la nostalgie des discussions dans les bars et de cette manière de se taquiner et de parler qui est propre aux gens de là-bas. Le chant me permet de retrouver un peu la langue anglaise.
Propos recueillis par David Daunis
Gillie MacPherson, le vendredi 27 février à 21h, Salle Krafft à La Chapelle des Marais.
www.gilliemusic.com
www.myspace.com/gilliemcpherson
Si l’activité artistique majeur du jeune Raphaël Zarka est la sculpture, ce sont des photographies qu’il présente durant l’exposition Modern(c)ité au Grand Café. Une série de clichés qu’il intitule «Les formes du repos». Il s’explique ici sur son attachement personnel à ces drôles d’épaves souvent issus de la modernité.
Cette série photographique à commencé en 2001. Elle représente des formes en béton, isolées dans le paysage. Elles sont des objets du génie-civil, comme des sculptures trouvées, qui correspondent à l’idée que j’ai de la sculpture que j’aurais aimé faire. Car au départ, je suis un sculpteur, pas un photographe. Ma pratique de la photographie est documentaire. Elle correspond à une attitude qui s’attarde davantage à observer le réel, ici des formes, plutôt que de concevoir.
Mais comment et pourquoi vous êtes vous arrêté sur ces objets, sur ces formes ?
Au départ les rencontres se sont faites au hasard, en me promenant. Pour chacune d’entre elles, j’ai eu une attirance très forte et très personnelle. J’ai été interloqué par leur identité singulière, leur situation, leur architecture. Mon rapport avec ces formes est d’ailleurs très affectif, très émotionnel. C’est assez simple, quand j’en repère une, qu’elle m’interpelle, je m’en approche et me penche sur sa raison d’être. Vient ensuite un élan à faire des recherches sur son histoire pour mieux la comprendre.
Par exemple ?
Les exemples sont variés. Ici, un brise-lame (photo ci-dessus) construit au XXe sous forme expérimentale qui finalement a été laissé à l’abandon sans avoir jamais servi. Et ce qui est incroyable c’est que par la suite j’ai retrouvé cette forme dans un traité du XVIe siècle écrit par Léonard de Vinci. On peut s’interroger sur cette forme qui a été pensée pour être idéale, pour un fonctionnement précis, et qui finalement n’est pas utilisé, pour être laissée à l’abandon dans le paysage. Et ce rail d’aérotrain de 18 km de long, inachevé, isolé également. Du coup ne pourrions-nous pas avoir une pensée pour ce progrès qui produit des formes, toutes très étudiées, avec certaines qui marchent et d’autres pas. D’où cette notion d’oubli ou d’usage.
Ce travail documentaire sur les formes vous sert-il pour créer autrement ?
Pour intégrer le projet de la série photographique je fais vivre les formes sous plusieurs modes d’existence : vidéo, sculpture, écriture. Elle peuvent donc être déclinées sous d’autres formes avec d’autres dimensions, d’autres matières. Après plusieurs années, je remarque que des familles se dessinent. Certaines sont très géométriques, il y a les anneaux, les courbes etc…
J’en ai fait un sujet de travail que je définis comme La migration des formes à travers l’histoire et les matériaux.
Nous savons qu’en parallèle vous êtes skateur. Forme, skate, des rapports sans aucun doute?
Pour faire simple, disons que le skate est un formidable moyen de repérer des formes dans la ville et de se familiariser à leurs contacts. Ce qui permet aussi de tester leurs matériaux en se frottant et en glissant…
myspace.com/raphaelzarka
www.grandcafe-saintnazaire.fr
Zen Park, un nouveau label indépendant nantais éclot avec des projets qui traitent et lient la chanson, la méthode électronique, le jazz et la pop. Grégoire Vaillant alias Krhonos tient les rênes de la mini-compagnie. Confidences sur une tête d’ampli.
Zen Park est une e-structure qui a pour objectif le développement et la diffusion de créations multimédia. Quatre projets sont dans notre catalogue pour le moment. Moongaï est un trio batterie / machines et chant en français au croisement de la pop et de l’electronica ; Eva & le Krhonos Orchestra, un quartet acoustique (basse, claviers vintages, batterie, chant) oscillant entre la pop et le jazz, toujours en français. Krhonos, mon projet solo est plus expérimental, dans la veine idm ou brain dance. Enfin, nous proposons les travaux de photomanipulation de Timothée Mathelin a.k.a Shift. Un projet commun avec Shift. est également en train de voir le jour sous le nom de Krhonoshift.
Comment vous est venue cette volonté de décliner les formules musicales?
Je produis et compose assez intensément depuis près de cinq ans avec Eva, dans différentes directions. Au départ on a essayé de condenser toutes nos influences dans des projets uniques, mais pour une raison de cohérence artistique nous avons décidé de séparer nos travaux en plusieurs grandes tendances. Tout cela s’est fait assez naturellement, en fonction aussi des rencontres que l’on a faites ces dernières années. Nous avons la chance de travailler avec de merveilleux musiciens et nous composons aussi en fonction d’eux.
Et comment envisagez-vous de faire vivre une structure comme Zen Park ?
Zen Park est un projet collectif, qui implique le soutien de nos musiciens, techniciens, graphistes et amis. Nous dirigeons l’ensemble à trois avec Eva et Timothée. Le travail sur internet (vente en ligne, communication, lettres infos, booking…) est notre axe principal, mais à terme nous cherchons des partenaires susceptibles de développer des sorties physiques de beaux objets sonores et/ou visuels, de nous accompagner pour le tour, l’édition, et la recherche de financement.
Et la scène dans tout ça ?
La scène commence sérieusement à nous manquer... Nous sommes sur ces projets depuis près de deux ans maintenant, beaucoup de studio, de répétitions, d’ordinateur et de papiers. Tout est quasi prêt, il n’y a plus qu’à lancer la machine. On recommence à chercher des dates. J’espère que ça débouchera sur de belles choses dans l’année à venir...
Pensez-vous ouvrir Zen Park à d’autres collaborations, de prendre d’autres orientations ?
C’est l’objectif. En montant cette structure, on a voulu être le plus libre possible. Malheureusement, la conjoncture est un peu délicate en ce moment... On va déjà essayer de pousser le plus loin possible ces projets, pour pouvoir ensuite avoir les moyens d’accueillir et de développer d’autres artistes. On a pas mal d’idées mais pas encore les moyens, donc patience...
Eva & le Krhonos Orchestra / Krhonos au Centre à St Marc le 19/12
Moongaï / Krhonos au Base Bar à St Nazaire le 31/12 pour son ouverture.
www.zenpark.fr
www.myspace.com/zenpark
Le Béarnais André Minvielle (ici au second plan avec LIonel Suarez) est batteur, chanteur, rappeur, slameur, poète… Son truc à lui : aller à la rencontre des langues et des accents de France et d’ailleurs. Le plus humble des chanteurs a reçu la victoire du jazz en septembre dernier. Il est invité par le fanal en novembre.
Propos recueillis par David Daunis
Quel homme êtes-vous pour avoir toujours envie de chanter ?
Sans doute un homme à l’esprit nomade, qui n’est jamais complétement chez lui avec donc cette idée d’aller à la rencontre des autres. Mon travail est farci de ça. Vous savez j’ai repris goût à chanter en occitan, ma langue natale, en allant au Brésil au contact de la bossa nova. Je crois qu’il faut parfois aller très loin pour avoir envie de revenir chez soi.
La langue est votre média préféré ?
Vous savez, ma langue me demande de l’apprendre. Chose à laquelle je m’applique mais que je n’ai d’ailleurs toujours pas réussi parfaitement. Mais cette langue m’a permis de rencontrer le jazz, elle m’a permis aussi d’apprendre à partager et à construire quelque chose de familier, d’expérimental et de populaire.
Et les mots dans tout ça ?
La première condition pour les mots, c’est qu’ils soient libres. Il y a des mots pour le dire et des mots pour le taire. Je sais que je leur dois beaucoup, il y a des mots qui m’ont sauvé. Les mots servent à dire, ils sont aussi un bagage entre les différentes langues. Pour ma part, les mots me servent à raconter ce qui m’est arrivé ou ce qui est arrivé aux autres. Les mots pour la spéculation ne me font pas rêver. Les mots sont une histoire, ils sont aussi l’amour. Ils doivent être désintéressés mais plutôt servir à dire qu’il faut aimer.
Et la musique à laquelle vous vous associez en chantant?
La musique à laquelle je m’associe est celle qui est, elle aussi, libre. La musique est, elle aussi, une histoire. Tout a été dit mais on n’a pas fini. La musique qui me va moins est celle qui prédomine, cette musique industrielle, celle qui est fabriquée. Je préfère celle qui fuit la norme, qui accepte l’altérité, la diversité. Celle qui accepte d’autres sonorités.
J’aime la musique des langues, celle des individus, qui correspond à ce qu’ils sont, celle qui vient de là où il sont nés.
Et cette victoire du jazz que vous venez de recevoir, comment l’appréciez-vous?
J’ai trouvé cela incroyable ! Quand vous savez que la musique qui a été primée a été entièrement produite par moi, avec le soutien de quelques organismes, mais quasi financée par moi. C’est donc une reconnaissance qui tombe à pic. En face ces grosses machines, je prends ce prix humblement, sans fausse modestie. Un façon de consacrer quelque chose, un truc que je n’espérais pas. C’est une victoire pour la musique improvisée et toute son histoire, à ces musiques ancestrales, ce respect de l’accent, cet accent que le musicien Archi Shepp, me disait si important pour comprendre ce que l’histoire de la musique est véritablement.
André Minvielle en concert
Saint Nazaire, le fanal /Théâtre Jean Bart, le 13/11
www.lefanal.com
www.myspace.com/andrminvielle
À Saint-Nazaire Le LIFE accueille cet été l'exposition Sonic Youth etc - Sentional Fix. L'événement propose un éclairage sur vingt-cinq ans d'activité pluridisciplinaire du groupe avec en parallèle un regard sur l'histoire de la scène new-yorkaise alternative depuis le début des années 80 jusqu'à aujourd'hui. C'est Roland Goenenboom, le commissaire de l'exposition qui nous en parle.
HP : Qui est à l'initiative de l'exposition Sonic Youth Etc. Sensational Fix ? Qu'elle est l'idée principale de cette exposition ?
RG : J'avais collaboré avec Kim Gordon pour l'exposition Kim's Bedroom en 1995 à Eindhoven, dont elle était commissaire et dont j'étais à la fois producteur et scénographe. C'est à ce moment-là que j'ai également fait la connaissance de Thurston Moore — tous deux étaient présents une semaine durant, accompagnés de leur fille Coco qui avait alors 5 ans. J'ai ensuite commencé de réfléchir à un projet qui serait consacré à Sonic Youth. Mon intérêt ne se limitait pas à leur seul apport au plan musical, mais à quelque chose de plus vaste que je pressentais : un véritable univers "sonic" au sein duquel l'art, le design, le cinéma, l'architecture, la musique, etc, se conjugueraient et se traduiraient à travers des collaborations engagées avec d'autres artistes, et qui pourrait aussi inclure leurs propres réalisations (couvertures d'albums, affiches, photos, etc). Tout cela raconte aujourd'hui une histoire alternative de la culture contemporaine, où tous les domaines que j'ai cités se connectent les uns aux autres de manière naturelle.
HP : Qu'est-ce qui singularise tellement ce groupe de rock pour qu'on envisage une exposition exceptionnelle ?
RG : L'apport de Sonic Youth consiste d'abord à travailler en tous sens la culture de la société nord-américaine depuis l'après-guerre pour dire quelque chose de l'époque qui est la nôtre, où les mêmes erreurs ne cessent de se répéter. Ils ont grandi dans les années 1950, au temps de la Guerre froide et de l'anti-communisme, époque à laquelle ont emergé à la fois les mouvements de la "contre-culture" et de la Beat Generation. Adolescents, ils ont vécu les années hippies des sixties, qui se sont soldées par le bain de sang de la tuerie organisée par Manson et par celui de la Guerre du Vietnam. Jeunes adultes, ils ont été les témoins et ils ont pris part aux mouvements punk et no wave de la fin des années 1970, tandis que le tournant de l'époque Reagan dans les années 1980 les a confirmés dans leur détermination à ne pas céder d'un pouce face aux injustices commises par la société américaine. Par ailleurs, ils sont parfaitement informés de l'histoire des arts dans laquelle ils s'inscrivent et dont une grande part de leur travail s'inspire.
HP : Quelles orientations, thèmes et supports allez-vous prendre pour la mise en place de l'exposition SY etc. SF?
Comment procédez-vous pour réunir les pièces qui constitueront l'exposition?
RG : Selon moi, cette histoire est en réalité assez organique. Elle débute avec les prédécesseurs de Sonic Youth, c'est-à-dire par les artistes des années 1970-80 regroupés sur la scène new-yorkaise, dont les travaux sont soulignés par différents documents relatifs à l'activité de Sonic Youth présentés dans l'exposition (couvertures d'albums, affiches, textes, photos d'eux prises par différents artistes au fil des ans, etc), puisque le groupe s'est formé à cette époque. Ensuite, ce sont les thèmes propres à l'apport de Sonic Youth qui sont abordés et regroupés comme tels, formant une sorte d'essai audiovisuel où ces mêmes thèmes sont élargis.
HP : Quel place est réservée au champ musical du groupe dans l'exposition ? Les membres du groupes seront-ils présents pour des interventions ?
RG : Différentes bornes audiovisuelles incluant une multitude de données permettront aux visiteurs de consulter l'ensemble de l'apport caratéristique des activités du groupe et de chacun de ses membres. L'artiste Dan Graham réalise par ailleurs spécialement pour l'exposition un pavillon où l'on pourra écouter les bandes qu'il a enregistrées au virage des années 1970-80, lors de concerts de punk ou de no wave jamais publiés. Une pièce du Club in the Shadow (composé de l'artiste Jutta Koether et de Kim Gordon), intitulée Reversed Karaoke (karaoké inversé) permettra aux visiteurs d'enregistrer leur propre chanson, accompagnée de la voix de Kim pré-enregistrée, et d'en réaliser la pochette. S'y ajoutera un programme de performances et de concerts de Sonic Youth ainsi que de certains de ses membres isolément, ou de groupes qu'ils aiment et dont ils soutiennent le travail.
HP : En quoi, le LiFE, dans une petite ville comme Saint-Nazaire, est-il pour vous un lieu adapté à cette exposition ?
RG : Au départ, mon désir de mettre en œuvre ce projet bénéficiait du soutien du groupe, mais il restait sans lieu où l'inscrire. Et puis j'ai rencontré ces deux partenaires enthousiastes, au LiFE et au Museiön, avec lesquels le travail s'est engagé. Qu'une exposition comme celle-ci, qui embrasse un ensemble de domaines de l'art, s'inscrive hors du circuit classique du monde de l'art et soit soutenue par des lieux capables de parier sur ce genre de projet en risquant ce qu'il faut pour qu'il existe me paraît significatif de la situation actuelle. A l'écart des sentiers battus, il s'agit évidemment ici d'autre chose que d'une énième exposition d'art contemporain.
Propos recueillis par David Daunis
www.sonicyouth.com
www.lelife.org
www.grandcafe-saintnazaire.fr.
www.les-escales.com
Fred, alias Niveau Zéro, venu de paris pour partager l’affiche du Printemps de Bourges nous a accordé un moment pour un tête-à-tête.
Dans la veine des artistes « Warpien », Niveau Zéro propose une musique dont l’expérimentation soignée voit fusionner l’électro, le hip hop abstract, la drum& bass et le métal. À suivre…
Peux-tu nous présenter le projet Niveau Zéro?
En Live je suis seul sur scène, avec un complice pour m'éclairer avec des leds(diodes électroluminescentes).
J'ai commencé la musique à l'âge de 13 ans. J'ai été ensuite bassiste et chanteur pour jouer au départ du métal hardcore avec mon ancien groupe. On a sorti un album et fait une tournée. Puis j'ai fait un break de deux ans pour m'ouvrir à différents styles de musique. J'ai découvert la jungle et la drum and bass. Ce fût une grosse claque. Ce qui m'a entraîné à mixer, notamment pour l'association AvignonnaiseFreessons . Des soirées mix ont suivi. Je suis finalement monté sur Paris où j'ai participé à la création de l'asso Sub:culture , qui m'a permis d' organiser depuis cinq ans des soirées Sub : version et F*** you i'm furious en référence au Guetta.
Puis en plus du mix, j'ai eu envie de jouer Live, de faire de la production musicale pour mélanger l'abstract hip hop, le dub step, le métal et le break.
Pourquoi avoir choisit le nom d'artiste Niveau Zéro ? Un rapport avec le niveau de la mer ?
Il y a quelques années, j'habitais une maison où n'il y avait que des musiciens. On a investi une des pièces qui est devenue un véritable laboratoire
d'expérimentations sonores et vidéos. On avait appelé ce lieu Niveau Zéro, parce que c'était au rez-de-chaussée de la maison. J'aime beaucoup le chiffre zéro…Je l'ai même tatoué dans mon dos.
Quelles sont tes influences musicales ?
Tout, mais en particulier l'électro , le hip hop, le métal, le hip hop abstract. Le style qui m'influence actuellement est le dub step. C'est une source véritable d'inspiration pour moi.
Si tu avais pu naître dans la peau d'un autre musicien qui aurais-tu choisi ?
Je ne sais pas …euh … Sachant que je n'ai pas envie de mourir aussi jeune que Jimi Hendrix… euh… Je ne sais pas, disons j'admire vraimentChris Clark , un jeune dont la musique est mature. J'ai dû écouter au moins 1000 fois son premier album sorti chezWarp .
T'es tu entouré de partenaires ? d'un label, d'un tourneur ?
Le Printemps de Bourges permet justement de faire des rencontres. Je n'ai pour l'instant pas de label. Je m'autoproduis et ma distribution est organisée uniquement par un diffuseur internet. Cela dit, le disque en tant qu'objet me manque un peu.
Sinon, côté partenaire, j'ai un ami qui vient de faire une formation de Manager à Issoudun qui m'accompagne dans mon projet. Un de nos objectifs est tout de même de toucher des programmateurs du réseau des SMAC (Salle de musiques actuelles). Pour jouer le plus possible. Je suis assisté deWapi booking pour trouver des dates et je suis soutenu par le collectifNéo pop art .
Et donc, pas d'album ?
Plutôt une démo, avec huit titres enregistrés.
Comment se retrouve t-on programmé en tant que Découverte du Printemps de Bourges ?
En fait au début il y a plusieurs centaines de groupes qui se présentent au concours. Trente-trois groupes sont sélectionnés. Molécule et moi avons gagné le droit de se produire ici après avoir remporté la finale au Nouveau Casino.
Le fait d'être sélectionné c'est bien, ça va au-delà d'avoir son nom sur l'affiche ?
Le nom sur l'affiche c'est déjà pas mal ! Nous avons aussi eu un soutien pour produire la démo et des stickers promo. Ce festival est un vrai tremplin, c'est le festival d'Avignon de la musique. Tous les programmateurs sont là !
Comment as-tu vécu ton live ?
Parce que je savais qu'il y avait beaucoup de professionnels dans la salle,
J'ai été hyper stressé durant le premier quart d'heure. J'étais plus à l'aise durant le reste du set.
30 minutes de live imposé c'est court ?
Oui mais c'est le cadre imposé. C'est un véritable exercice de style. Il faut jouer le jeu. Pas le choix.
Laisses-tu une place à l'improvisation ?
Oui parfois, même si j'ai respecté la structure de mes morceaux. En live je suis trop concentré pour sortir du cadre de la programmation de mes machines.
Tu as des projets en parallèle ?
Je fais de la radio sur Radio Campus (paris 93.9 FM). L'émission s'appelleWicked , on joue du break et de la drum and bass. On y invite des acteurs nationaux et internationaux. C'est toutes les deux semaines, le vendredi de 22h30 à 00h. Sinon je fais aussi de la vidéo.
Vis-tu de ta musique ?
Non je travaille à côté en tant que régisseur. J'aimerais pourtant bien vivre de la musique.
Pour finir, quels artistes as-tu apprécié à Bourges ?
Ezekiel, Svinkels et Birdy Nam Nam.
Cliquez sur Lire la suite pour écouter deux morceaux de Niveau Zéro
HP : Qu'est-ce que le centre d'informations et de ressources du Vip?
Julien Nicolas : Le Centre d'informations et de ressources propose différentes choses à tous ceux qui sont curieux et passionnés de musique qu'ils soient musiciens ou techniciens, organisateurs de spectacle, étudiants. Nous offrons sur place d'abord un fond documentaire à disposition de tous, avec des revues, des ouvrages autour du secteur des musiques actuelles. S'ajoute une borne d'écoute de CD d'artistes locaux et nationaux, ainsi qu'une base de données régionale de tous les acteurs liés au secteur. La deuxième mission concerne, pour les musiciens et les associations, l'accompagnement de projet qui varie selon les interlocuteurs. La troisième action est menée sous forme de débats réguliers aux sujets variés (une dizaine par an), et de la mise en place une fois par an d'une semaine thématique lié à la musique, toujours, en lien avec le réseau Tohu Bohu.
HP : Quels sont les personnes qui vous consulte le plus ?
JL : En majorité des associations de la région qui ont besoin de conseils pour l'organisation de soirées ou de leur festival. Il y a aussi beaucoup de jeunes qui viennent pour des questions d'orientation ou sur les formations possibles dans le secteur de la musique. Nous n'intervenons surtout pas en substitution de l'information transmise en milieu scolaire mais plutôt en complémentarité sur un secteur spécialisé. Un principe important est aussi à souligner. Il faut que nos visiteurs aient envie d'être accompagnés sans attendre d'être assistés. On fixe ici un cadre d'accompagnement en se fixant des limites, sachant que nous sommes aussi en relation avec d'autres structures capables de prendre le relais pour des questions pointues qui demandent une expertise poussée.
HP : Le centre d'information et de ressources est-il en lien avec les autres activités du Vip ?
JL : Il se positionne comme un complément des autres activités. En effet, le Vip, c'est trois pôle. La diffusion avec la salle de spectacle, la répétition et l'accompagnement en liaison aux studios de répèt', et le pôle de ressources. L'enjeu est que le Vip fasse dialoguer ses trois pôles. L'accompagnement des groupes, d'une manière générale se fait aux studios de répétitions pour tout ce qui traite de l'artistique et de la technique. Et le suivi administratif du projet musical du groupe se traite au centre de ressources.
HP : Quels projets ou ambitions avez-vous pour perfectionner encore vos action au sein du centre d'informations ?
JN : Si nous tentons d'amplifier les partenariats avec les acteurs culturels de la région pour privilégier les échanges, je compte mener une enquête qui s'adressera aux groupes et aux musiciens dans le but d'observer ce qui se passe dans le secteur.
Propos recueillis par David Daunis
HP : Quel sont les origines du projet de musique sur le film Dans la nuit ?
Louis Sclavis : Une idée de Jacques Quadra d'Arte, qu'il avait soumis il y a six ans au réalisateur Bertrand Tavernier qui m'en a parlé. L'idée m'a plus et j'ai donc travaillé sur cette commande de musique pour ce film dont les droits appartiennent à l'institut Lumière. Depuis, ce spectacle tourne de temps en temps, surtout dans les festivals et seulement quand nous considérons que le lieu est approprié. Ne pas trop le jouer permet de lui conserver sa fraîcheur et de ne pas se lasser. Une formule avec les mêmes cinq musiciens qui sont très pris par ailleurs.
HP : Quel type de film est Dans la nuit ?
LS : C'est d'abord le seul film réalisé par Charles Vanel, cet acteur dont les vœux les plus chers était de devenir réalisateur avant d'être acteur. C'est aussi le dernier film muet français qui a été produit. Un film dont le langage fait penser à Murneau pour l'expressionnisme allemand et à Renoir pour le travail qu'il préfigure et qui fait penser au film "La belle équipe". Charles Vanel s'est beaucoup amusé en réalisant ce film. On y voit des effets, des mouvements de caméra à l'épaule. Ce film est entièrement tourné à l'extérieur. On est proche du reportage sur un certain milieu. Il a un côté psychanalytique, original. Les gens sont généralement séduits.
HP : Vous en parlez comme un cinéphile ?
LS : Si je m'intéresse au cinéma je crois aussi que lorsqu'on compose sur un film on se doit de se pencher sur ce qu'il est et pouvoir en faire une analyse.
HP : Et le film, son histoire ?
LS : Une histoire freudienne, la distorsion d'une réalité. Une lecture qui devient psychanalytique d'un fait d'hiver. Un film qui peut faire penser à un polar comme à un film fantastique. C'est la raison pour laquelle il est ambigu. Son histoire ? ça parle en gros d'un rêve.
HP : Et votre composition musicale dans tout ça ?
LS : Dans un film muet la musique est là pour donner un parfum. Elle peut se permettre une extrême proximité avec le film, proche du pléonasme et à la fois on doit y mettre de la distance. On doit être proche de son rythme, se mettre dans la peau des personnages et parfois laisser parler l'image seule. La musique peut être une musique d'époque et doit aussi être distante de la temporalité.
Je dois dire que mon vrai souci était d'apporter le regard de quelqu'un d'aujourd'hui et non pas apporter une musique pour en faire une pièce de musée.
HP : Vous êtres le seul compositeur de la musique de Dans la nuit ?
LS : Oui, j'ai composé seul puis Dominique Pifarély, le violoniste, a arrangé quelques passages.
Cette musique est très précise. La part de créativité sur scène est effectivement moindre que pour un concert de jazz. Tout est écrit. Ce qui n'empêche pas les musiciens d'apporter leur patte, leur manière d'interpréter.
HP : Une couleur musicale ?
LS : Je répondrais en disant qu'elle est celle d'un orchestre populaire et celle d'un orchestre classique. Valse musette et valse de Vienne…
Un poil effrontés et rebelles, ils se disent "en dehors du temps", toujours prêts à critiquer une société de consommation trop étouffante.
Depuis 2005, ils ne cessent de jouer leur rock détonnant et efficace sur les scènes les plus prestigieuses de la planète, et réussissent à vendre beaucoup de disques, emboîtant le pas des grands frères comme Placebo ou Franz Ferdinand.
Leur devise : jouer sinon, picoler ou regarder le foot à la téloche.
HP : Qu'est ce le rock selon Kill The Young ?
Kill The Young : Bon, Kill The Young est comme une nana d'aujourd'hui, qui cherche à être positive, avec la volonté de ne jamais baisser les bras et de vouloir plaire.
HP : Le rock est-il une histoire de jeunes rebelles ?
KTY : Non, pas du tout. Le rock peut être joué par tout le monde, à partir du moment où l'oreille musicale est là. Si le rock peut avoir l'attitude rebelle du punk, il faut bien noter que le punk ne se limitait pas à de la musique. Il était aussi et avant tout un chemin de vie. Du coup la musique n'était pour lui qu'un accessoire.
HP : On vous dit plus proche du rock US que celui d'outre-Manche ?
KTY : Nous ne nous sentons pas vraiment plus proches de l'un ou de l'autre. Nous nous plaisons à naviguer sans étiquette. D'ailleurs, nous ne cherchons ni ne voulons nous en attribuer une. Nous pensons que les gens nous apprécient pour ça. Si on voulait faire comme les autres, nous copierions sans doute du Razorlight ou du Baby Shambles…ou d'autres groupes qu'on aime. Mais vraiment, ce serait sans intérêt.
HP : Quels sont les artistes sans qui vous ne seriez pas devenus musiciens ?
KTY : Même si nous sommes issus de beaucoup de choses, nous ne pensons pas être véritablement influencés, et si c'était le cas, nous ne le réalisons pas.
Mais nous pouvons quand même citer beaucoup de groupes comme Sonic Youth, Mud Honey, Sound Garden, The Police, Bob Dylan etc.que nous aimons particulièrement. On peut citer aussi des comédies britanniques comme The Office, Alan Partdrige, Brass Eye, et tellement d'autres choses finalement. Mais disons quand même que tout ça n'est que groupes et personnes, disons aussi qu'ils ne sont pas des dieux. Nous, en fait, nous sommes là avant tout grâce à notre mère et à notre père.
HP : 400 dates de concert en trois ans d'âges. Reste-il du temps pour le reste ?
KTY : Oui, nous avons du temps pour regarder le football et nous saoûler la gueule.
HP : Quels sont les plaisirs qu'on éprouve lorsqu'on est jeune, beau et rockeur reconnu ?
KTY : Nous sommes fatigués, et jamais contents. Si nous ne sommes pas en tournée, nous nous ennuyons, et quand nous le sommes nous avons le mal du pays. Nous ne sommes jamais satisfaits.
HP : A part le rock qu'aimez vous écouter ?
KTY : Nous écoutons de tout à partir du moment où la mélodie est bonne, que les textes sont bons et que l'accroche est présente. Si les trois sont présents c'est tant mieux. Mais la plupart du temps, c'est quand même le rock alternatif qui nous branche.
HP : Qu'est-ce qui fait qu'on prend son pied sur scène ?
KTY : Tout un tas de choses. Vous savez, si vous n'avez pas un bon rapport avec la foule vous pouvez vraiment mal jouer. Parfois il faut aller chercher le public, le gagner, et là, c'est souvent le meilleur qui en ressort pour des moments magiques. On prend souvent notre pied à jouer et expérimenter de nouveaux morceaux.
HP : Quel artiste êtes-vous ?
Jacques Rebotier : Je suis quelqu'un qui fabrique des choses destinées à être vues et entendues sur scène. Pour cela, je me sers de la musique, de la parole, de l'improvisation et de la mise en scène. Sinon, ma formation musicale vient du conservatoire avec une formation classique, sachant que par ailleurs j'ai toujours parallèllement écrit des textes et que j'écris depuis quinze ans des textes destinés, entre autres, au spectacle.
HP. Parlez-nous de la forme de vos spectacles.
JR : En fait, je rassemble musique et textes pour proposer une forme qui se situe entre le concert et la performance. A Guérande, j'invite deux personnes de grand talent, Elise Caron, comédienne et chanteuse, chanson, jazz, musique d'aujourd'hui, et Alexis Descharmes, un violoncelliste qui joue beaucoup de musique contemporaine, qui auront comme base des textes et des compositions dont je suis l'auteur. Un concert-performance qui est donc écrit, mais qui laisse des possibilités à des zones d'improvisation.
Je fais un travail qui va du divertissement à la réflexion. J'aime l'idée de se faire plaisir, d'un moment où le public s'amuse, tout en laissant de la place à de la pure réflexion. On va du poétique, avec la légèreté et la dérision, au politique, avec la critique et l'impuissance qui va avec…On oscille entre la révolte et l'apathie.
HP : Et la musique dans tout ça ?
JR : J'aime faire balader le curseur de la réflexion avec des choses très expressives et des choses plus abstraites. Le plaisir de manier le fond et la forme. Pour prendre
l'exemple du spectacle prévu à Guérande, la mise en scène sera absente. Il ya aura un canevas, une conduite, mais on s'arrangera pour ne pas trop la respecter. J'introduis du désordre dans l'ordre. J'aime ça.
HP : Et votre texte ? Votre manière de le dire ?
JR : Je peux parler en faisant bouger le curseur pour passer du murmure, comme pour parler à l'oreille, jusqu'à clamer comme pour dire de très loin. Clamer au monde, voilà, c'est ça, à l'inverse de la confidentialité.
HP : Et pour dire quoi ?
JR : Notre perception du monde. J'aime amener l'auditeur à un état d'entendre des choses pour la première fois, lui faire découvrir des mots. J'aime défaire des expressions toute faites et regarder les mots quand ils semblent nouveaux. Mes textes parlent d'un peu tout. Du rapport amoureux, des plaisirs, des angoisses, des choses du quotidien. Je mélange sur l'instant, là encore, comme dans la réalité, comme lorsqu'on marche dans la rue et que l'on pense, que l'on ne contrôle pas, vous savez, lorsque les choses défilent toutes seules. En fait, une volonté de mettre en évidence un désordre fondamental qui nous habite et qui habite ce monde.
HP : Quel plaisir avez-vous de jouer sur scène ?
JR : Le plaisir d'être dans le présent, d'être dans l'instant de la représentation. Etre un seul, avoir des sensations, être hors du raisonnement, avec cette notion d'être près de notre corps.
Jaques Rebotier - Le 31-1-08 à 20h30 à Guérande - 02 40 24 73 73
Hocus Pocus.
Vient d'une histoire démarrée en 1994. Vient de sortir Place 54, deuxième album qui Vient d'être classé 13ème dans le Top Album. Vient de remplir la Cigale parisienne. Et Vient de Nantes.
20syl, créateur, chanteur, arrangeur et graphiste d'Hocus Pocus, nous livre quelques mots sur l'histoire, l'esprit et les projets d'un groupe hip hop qui avance au bon rythme.
Haut Parleur : Deux mots sur votre histoire et l'orientation musicale d'Hocus Pocus.
20syl : Des débuts en 1994 à trois jusqu'en 2000 avec tout de suite cet amour pour les sonorités organiques et chaleureuses propres à la musique black. On samplait Louis Armstrong ou James Brown mais aussi du Gainsbourg. A partir de 2000, on s'est entouré de musiciens pour créer notre propre musique, nos propres orchestrations, avec les instruments qu'il faut, des claviers Fender Rodhes mais aussi des guitares électriques. Avec cette idée de travailler la création tout en samplant les bonnes choses. Le recyclage des bonnes choses n'est pas à négliger. Prenez le titre "Smile", c'est bien un clin d'oeil à Stevie Wonder qu'on adore. Pour la terminologie de notre musique ? On parle de hip hop, de soul et de funk, du rap aussi, un peu poétique et pas loin de la chanson française.
HP : Et l'actualité se tourne vers la sortie de ce deuxième album Place 54 ?
20syl : Un album qui est le fruit d'une volonté d'amener notre musique toujours plus haute en couleurs. On y voit des collaborations bien différentes. Un morceau avec Césaria Evora issu de l'histoire d'un de mes remix prévu sur une compil' et finalement resté au placard. Je le ressors pour la voix de Césaria que j'aime beaucoup et qui collait à un morceau qui parle de la France. L'apparition de Magic Malik que je considère comme un extraterrestre au feeling fantastique. On avait une prise après un concert que j'ai conservée et qui réapparaît ici. Fred Wesley est là, lui aussi grâce à un gros coup de culot. Je lui envoie un mail, il est emballé, il enregistre les pistes aux Etats Unis, me les envoie. On est super contents et voilà. Des collaborations créatives assez simples finalement.
HP: Et l'album se classe au hit parade !
20syl : Treizième au top album ! Une rentrée en effet dans les meilleures ventes. C'est un peu surréaliste. On le doit au travail fait précédemment avec nos tournées. On a privilégié cette manière d'être proche des gens. Du coup ceux qui sont emballés par le projet scénique suivent l'actu du disque, des maxis. Comme en plus, nous ne sommes pas avares de promo. On a fait un bon taf, on s'en rend compte.
HP : Vous avez signé chez la grosse machine Universal ? Contents?
20syl : Ils avaient boudé notre premier enregistrement. Mais lorsqu'on a rempli à cette période l'Elysée Montmartre les maisons de disques ont réfléchi différemment. Normal. On a continué à chercher les bons interlocuteurs, des gens qui comprenaient notre musique. On savait aussi que les maisons de disque ne prennent pas de risque, qu'elles sont à l'affût de celui qui suscite de l'intérêt sur le net pour surfer sur son succès. Pour Hocus Pocus, la signature est en licence avec des gens motivés. On contrôle notre production artistique, ils font le reste, la promo et la distribution. Nous, on assure les concerts, eux ils affichent partout, font le suivi. On est satisfaits.
HP : Vous avez récemment rempli La Cigale à Paris?
20syl : J'ai adoré. C'était encore mieux que l'Elysée Montmartre qui est plus grande et plus froide… La Cigale est une salle chaleureuse. Ce fut une grosse claque pour nous. On finit la tournée fin décembre. On remet ça en mars avec une date un peu exceptionnelle. Celle de l'Olympia, le 13 mai.
HP : On vit de la musique quand on joue dans Hocus Pocus ?
20syl : Grâce aux concerts on est tous intermittents depuis trois ans, c'est cool. Mais c'est vrai qu'avant de le devenir c'était difficile. La Sacem et les royalties, c'est du bonus. Les musiciens sont intéressés en fonction de leur participation. C'est selon.
HP : Et vous, vous êtes le moteur du groupe ?
20syl : Disons que je suis le point central, le chef d'orchestre à mon échelle, capable de canaliser les énergies, je connais bien le groupe. Je compose les bases, j'écris, je participe au graphisme. J'aime bosser aussi pour les autres. Si j'ai composé pour Diam's à ses débuts je me dis aussi que dans 15 ans, la musique aura sans doute évolué et que je composerai peut-être de la musique pour l'image, le film…
Propos recueillis par David Daunis














